Vins & vignobles

Fermentation du vin : mécanismes, durées et températures de vinification

Antoine Laurent 5 min de lecture
Fermentation vin : moût ambré qui s’écoule, densimètre et barboteur

La fermentation du vin est l’étape où le jus de raisin, un simple moût sucré, se transforme en une boisson complexe. Ce processus biologique, maîtrisé par les vignerons, repose sur la conversion des sucres naturels du raisin en alcool et en dioxyde de carbone sous l’action des levures. Comprendre ce phénomène permet de saisir les nuances aromatiques et la structure d’un vin.

Qu’est-ce que la fermentation alcoolique ?

La fermentation alcoolique est le moteur de la vinification. Dès que le raisin est pressé ou foulé, le moût est exposé aux levures, principalement du genre Saccharomyces cerevisiae. Ces micro-organismes, présents naturellement sur la pellicule du grain ou ajoutés par le vigneron lors du levurage, entament une transformation exothermique.

Testez vos connaissances sur la fermentation du vin

Les levures consomment le glucose et le fructose contenus dans le jus pour libérer de l’éthanol et du gaz carbonique. Cette réaction libère de la chaleur, ce qui impose au vigneron une surveillance constante de la température pour éviter que les levures ne s’épuisent ou ne produisent des arômes indésirables.

Les paramètres techniques : température et durée

La maîtrise de la température est un pilier de la qualité. Elle influence directement la vitesse de la fermentation et la préservation des arômes primaires. Une température trop élevée peut altérer le vin, tandis qu’une température trop basse peut bloquer le travail des levures.

Schéma explicatif du processus de fermentation du vin et transformation du sucre en alcool
Schéma explicatif du processus de fermentation du vin et transformation du sucre en alcool
Type de vin Température idéale (°C) Durée moyenne
Vin rouge 28 – 30 °C 7 à 15 jours
Vin blanc et rosé 18 – 20 °C 2 à 3 semaines
Vins liquoreux 20 – 22 °C 3 semaines et plus

Le contrôle thermique

Pour réguler ces plages thermiques, les domaines utilisent des cuves en inox à double paroi ou des systèmes de ruissellement d’eau froide. Ce contrôle est nécessaire pour les vins blancs, dont les arômes fruités et floraux sont sensibles à la chaleur. Pour les rouges, une température plus élevée favorise l’extraction des tanins et de la couleur lors de la macération.

Les étapes clés de la vinification

Le vigneron intervient à des moments stratégiques pour garantir le bon déroulement de la fermentation :

Le levurage consiste à ajouter des levures sélectionnées pour sécuriser le processus et éviter les déviations organoleptiques. Le remontage, qui consiste à pomper le jus au bas de la cuve pour le projeter sur le chapeau de marc, favorise l’oxygénation des levures et l’extraction des composés phénoliques. Enfin, le suivi de densité à l’aide d’un densimètre permet de mesurer la teneur en sucre résiduel. Une baisse progressive de la densité indique que le sucre est transformé en alcool.

Le rôle de l’oxygène

Bien que la fermentation soit un processus anaérobie, un apport mesuré en oxygène est nécessaire en début de phase pour permettre aux levures de construire leurs membranes cellulaires. Le vigneron apporte cet oxygène pour renforcer la résistance des levures. Si cette étape est négligée, les levures deviennent fragiles, ce qui peut mener à des carences en azote et provoquer un arrêt prématuré de la fermentation, laissant le vin avec des sucres résiduels non désirés et une vulnérabilité aux bactéries d’altération.

La fermentation malolactique : la seconde étape

Une fois la fermentation alcoolique terminée, une seconde transformation, dite malolactique (FML), intervient souvent pour les vins rouges et certains grands blancs. Il s’agit de la conversion de l’acide malique, au goût proche de la pomme verte, en acide lactique, plus souple et rappelant le lait.

Cette étape réduit l’acidité globale et apporte du gras au vin. Elle est réalisée par des bactéries lactiques et peut durer de deux semaines à plusieurs mois, selon la température de la cave et le pH du vin.

Risques et gestion des blocages

Un blocage de fermentation survient généralement suite à une température excessive qui inactive les levures, ou à une carence en nutriments dans le moût. Lorsque cela arrive, le vin reste sucré et devient sensible aux oxydations. La solution consiste à réensemencer le milieu avec des levures « pied de cuve » ou à ajuster la température pour relancer l’activité fermentaire.

Réussir une fermentation maison

Pour ceux qui souhaitent expérimenter la vinification à petite échelle, voici une base pour un vin de fruit simple, comme un vin de rhubarbe ou de raisin de table.

Les ingrédients nécessaires sont 5 kg de fruits frais, 1,5 kg de sucre cristallisé, 3 litres d’eau de source et un sachet de levures œnologiques. Foulez les fruits pour extraire le jus et placez-les dans une dame-jeanne propre. Dissolvez le sucre dans l’eau tiède et ajoutez ce sirop au jus de fruits. Réhydratez les levures selon les instructions du fabricant et incorporez-les au moût. Installez un barboteur sur le goulot pour permettre au CO2 de s’échapper sans laisser entrer l’air. Laissez fermenter dans un endroit tempéré, idéalement à 20°C, pendant 10 à 15 jours, jusqu’à ce que le barboteur ne produise plus de bulles.

Conseil pratique : Stérilisez tout votre matériel avant usage pour éviter que des bactéries sauvages ne viennent concurrencer vos levures et altérer le goût de votre production.

Partager cet article

Retour en haut